Les secrets du guéridon

Il n’y a pas de meuble plus commun que le guéridon, la petite table dont le plateau, rond, ovale ou carré surmonte un piétement central à trois, quatre ou cinq pieds. On le trouve très fréquemment dans nos salons, sous une belle lampe ou en support de téléphone. Mais connaissez-vous ses origines et surtout, savez-vous d’où provient son nom?

Les origines

Nous savons que le guéridon faisait partie du mobilier antique classique puisque de nombreux modèles ont été retrouvés à Pompéi comme à Herculanum.

Table guéridon trouvée dans le temple d'Isis à Pompéi
Table guéridon trouvée dans le temple d’Isis à Pompéi

Un usage plus ancien est confirmé par des découvertes archéologiques sur l’île de Santorin en mer Egée. Cette île a, avec la Crète, abrité la civilisation minoenne et a subi aux alentours de 1600 av. J.C une catastrophe volcanique majeure.

Moulage d'un guéridon sur le site archéologique d'Akrotiri, Ile de Santorin
Moulage d’un guéridon sur le site archéologique d’Akrotiri, Ile de Santorin

Suite à ce cataclysme, le guéridon va disparaître des intérieurs pendant plus de 3000 ans pour réapparaître en France au 17eme siècle et s’imposer de façon quasi-définitive sous Louis XVI.

Guéridon en marqueterie de bois et dessus marbre - Fabrication autour de 1820
Guéridon en marqueterie de bois et dessus marbre – Fabrication autour de 1820
Guéridon burgauté (incrusté de nacre) d'époque Napoléon III - Crédit expertissim.com
Guéridon burgauté (incrusté de nacre) d’époque Napoléon III – Crédit expertissim.com

Etymologie

Aujourd’hui, personne n’est en mesure d’expliquer exactement l’origine du mot et pourquoi, désignant à l’origine un personnage, il va qualifier ensuite un meuble.

Il est admis aujourd’hui que le mot « guéridon » aurait été ramené d’Afrique par les provençaux sans qu’il soit possible de déterminer au départ s’il désigne une personne ou un meuble. Il apparaît tout d’abord en 1614 à Paris dans le titre de deux farces, Les folastres et joyeuses amours de Gueridon et Robinette et Conférence d’Antitus, Panurge et Gueridon, le personnage cité provenant de Marseille. A la même époque, on retrouve dans les chansons satiriques un refrain constitué des mots o gué et laridon qui désignent une personne victime de moqueries. Par la suite, on va nommer « guéridon » le personnage de ballet positionné seul au milieu d’un groupe de danseurs et chargé de tenir un flambeau allumé pendant que les autres s’embrassent tout autour de lui. On pourra d’ailleurs noter qu’en de telles circonstances, on dit encore aujourd’hui du benêt qu’il « tient la chandelle ».

Paire de porte torchères d'époque Louis XIV en bois doré - Crédit internet
Paire de porte torchères d’époque Louis XIV en bois doré – Crédit internet

Dès le 17eme siècle et jusqu’à la fin du 19eme, il était fréquent de trouver dans les maisons un petit meuble constitué d’un pied surmonté d’une statue de maure portant un flambeau ou un candélabre. Et à cette époque où le racisme n’était qu’une notion et une préoccupation toute relatives, il n’est pas étonnant qu’on ait attribué le quolibet au pauvre personnage de couleur portant tout seul la lumière, le meuble « guéridon » était né.

Maure gondolier porte flambeau - Travail vénitien du 19eme - Crédit anticstore.com
Maure gondolier porte flambeau – Travail vénitien du 19eme – Crédit anticstore.com

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